Vient de paraître:

ABÊTIR POUR ASSUJETTIR.

ÉTHIQUE BIOPOLITIQUE AFRICAINE DE RÉSISTANCE ET DE LIBÉRATION.

de l’Abbé Placide PONZO B. Kabamba.

Cette publication est une patte d’oie, c’est-à-dire un entrecroisement d’itinéraires de recherche entre certaines intuitions développées dans ma thèse doctorale et l’expérience professorale sur terrain (notamment les feedbacks de mes étudiants dans différents enseignements que j’ai dispensés). Comme ma thèse fut rédigée en allemand, cet ouvrage écrit en français, veut rendre Adam Smith (dont j’ai analysé le « système naturel de liberté et de justice ») familier avec le public francophone. Dans cette dialectique, l’université veut assumer sa vocation d’être le laboratoire et la caisse de résonnance d’idées fécondantes, créatrices et innovantes susceptibles d’élever la société.

Tout acte d’écrire est, pour cela, un travail de fécondation. Percevoir la vie comme un livre à écrire constamment, c’est conjuguer ce verbe en première personne du singulier en tant que sujet, en se plaçant en témoin privilégié de son temps et de son univers[1]. Ceux-ci sont observés d’un œil interrogatif et herméneutique à travers lequel on s’instruit de tout. Vue dans cette perspective, l’écriture est concomitante à la majorité de l’auteur, dont on certifie, par-là, l’habileté à être géniteur intellectuel. Tout effort de réécriture devient ainsi une renaissance permanente.

Par le fait que l’écriture crée un monde ou une réalité, l’écrivain (auteur), par sa vertu reproductrice, peut dire que son âge adulte commence avec les livres qu’il accouche. Ayant une fonction fécondante pour l’esprit dans le processus de l’humanisation de l’humain, la qualité majeure d’un ouvrage est d’exercer sur le lecteur une fonction de maïeutique intellectuelle. Ainsi, sa fécondité se mesure-t-elle à l’aune de sa vertu stimulante de l’esprit critique. Du coup, les idées couvant dans l’esprit sont comme des « raisons séminales » (rationes seminales en latin ou logoi spermatikoi en grec) telles que décrites par Saint Augustin, c’est-à-dire des semences en puissance susceptibles d’éclore ou de passer à l’acte (dans l’entéléchie du livre publié), le moment venu, si toutes les conditions sont réunies. Paracelse a insufflé l’idée du principe séminal (les semences invisibles) comme germes de chaque corps naturel destinés à éclore[2]. Ce postulat corrobore ce que disait Robert Musil : « la seule chose qu’on doive savoir d’un être, c’est, s’il féconde nos pensées. Il ne devrait pas y avoir d’autre connaissance des humains[3]. » Étant l’extension de l’esprit humain, le livre ne peut qu’élargir nos horizons.

L’éducation étant l’art d’élever et de sculpter l’homme excellent, tout projet de société digne doit investir dans le capital humain. Cependant, le mercantilisme érigé en système d’exploitation depuis le 16e siècle, a mis l’Afrique en coupes réglées à travers certains mécanismes d’abêtissement, d’aliénation et d’exploitation constamment réactualisés à l’aune de nouvelles donnes. Ces pesanteurs empêchent toute autodétermination et tout décollage. L’auteur s’inspire du paradigme biopolitique foucaldien, approche qui se marie bien avec le vitalisme africain, pour développer une nouvelle éthique biopolitique africaine de résistance et de libération à partir d’une lecture critique des déterminismes politico-historiques (traite négrière, colonisation, néocolonialisme et racialisation des rapports interhumains). Il s’agit de l’analyse des « pathologies sociales » africaines, c’est-à-dire des évolutions manquées et des perturbations détruisant les conditions requises pour une vie bonne et réussie. Cette radioscopie afropathologique vise à susciter l’indignation et la révolte des Africains en vue d’une lutte émancipatrice.

La lecture de ce livre et l’approfondissement des réflexions permettront à insuffler une nouvelle conscience collective, à désapprendre des déterminismes néantisants et minorisants et à vulgariser de nouvelles idées en vue de la renaissance et de l’autodétermination.

Abbé Placide Ponzo, auteur.


[1] Oilivier Bétourné, La vie comme un livre. Mémoire d’un éditeur engagé, Paris, Philippe Rey, 2020.

[2] Paracelse, De mineralibus (Huser, VIII, 337 = Sudhoff, III, 34-42).

[3] Robert Musil, L’homme sans qualités, traduit de l’allemand par Philippe Jaccottet, Paris, Seuil, 1956, t. II, p. 600-601.

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