Être prêtre, c’est savoir se donner et donner sans compter !

À tous les Prêtres,

Être prêtre, c’est savoir se donner et donner sans compter ! Le prêtre est un être qui s’est donné à Dieu par amour ; il est précisément un être que Dieu s’est donné pour mieux le donner au monde, pour mieux le donner à ses frères et sœurs en humanité, à ses frères et sœurs de diverses conditions existentielles.

L’histoire de notre vocation sacerdotale ? Seul Dieu la connaît vraiment. Toute vocation est, qui plus est, un grand mystère ; c’est un don qui dépasse l’homme infiniment. Nous tous, prêtres, en faisons clairement l’expérience dans toute notre vie. Devant la grandeur de ce don, nous savons combien nous sommes déficients. C’est pourquoi, dans les circonstances les plus diverses – par exemple à l’occasion des jubilés sacerdotaux –, lorsque nous parlons du sacerdoce ou en témoignons, nous devons le faire avec une grande humilité, conscients que Dieu « nous a appelés d’un saint appel, non en considération de nos œuvres et de nos mérites, mais conformément à son propre dessein et à sa grâce » (2 Tm. 1, 9). Nous nous rendons compte en même temps que les mots humains ne peuvent traduire la grandeur du mystère que porte en soi le sacerdoce [1]

Par gratitude pour ce don gratuit et incommensurable, le Prêtre a à être un serviteur de la joie : « Quand vous trouvez des exemples de prêtres qui sont joyeux, c’est parce qu’ils sont féconds. Ils donnent la vie, la vie. Cette vie, ils la donnent, parce qu’ils la trouvent en Jésus ! Dans la joie de Jésus ! La vraie joie ne vient pas de ce que l’on possède, mais de ce qu’on est et de la rencontre avec les autres. » (Pape François, juillet 2013).

Au jour de son ordination, l’ordinant prostré de tout son long, en présence de l’Église entière, rend avec humilité manifestes, et de façon inconditionnelle, le don de soi et la réceptivité de ce don. Don plénier et entier, don radical et radicalisant, don d’un jour, mais don de toujours, parce que don de tous les jours. Don de soi au Christ, don du Christ à soi et par soi, à travers soi aux autres ! De manière irréversible, le prêtre fait au Christ don de toute son existence dans une oblation appelée au quotidien à se parfaire, à se sanctifier, à s’enraciner, à s’intensifier et à se fructifier : « Tu ne voulais ni offrande, ni holocauste, ni victime. Alors, j’ai dit ‘me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté’ » (He. 10, 5-9, citant Ps. 40, 7-9).

Mais, c’est en accueillant ce don que Dieu lui fait, ce don que seul Dieu peut lui faire, que le prêtre peut être tout donné aux autres et au Tout Autre. C’est ainsi et ainsi seulement qu’il commence à découvrir Jésus-Christ, à se laisser rejoindre par lui, au plus fort pour passer d’un christianisme sociologique de façade, de périphérie et de tradition, d’un christianisme superficiel et fonctionnel comme simple « fonctionnaire de Dieu »[2] à un réel christianisme d’adhésion, de conversion, d’immersion, d’appartenance et de compénétration selon la belle trouvaille de l’Apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » (Ga. 2,20). L’antidote contre la fonctionnarisation du sacerdoce, c’est tout simplement d’être un « oblat vivant » qui se donne par amour et gratitude. Car, notre vraie richesse, ce n’est pas ce que nous amassons en masses d’argent et en biens matériels et immobiliers, mais plutôt ce que nous donnons par pur amour et reconnaissance. Comme le dit un proverbe chinois, « ce que tu donnes vivra, mais ce que tu gardes mourra ». Le propre de l’amour, c’est de se donner de soi-même : « amor est diffusivum sui ».L’Évangile le corrobore à raison : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie » (Jn. 15,13). En tant que don de Dieu, le Prêtre est un pain vivant ou un calice diffus qui se donne de son trop plein. « C’est à l’Amour que vous aurez les uns pour les autres, que l’on verra que vous êtes mes disciples » (Jn. 13,35), nous dit le Seigneur.

Par conséquent, le prêtre devient dépositaire, par pure grâce, d’un don qui mobilise toute son existence et toute son énergie vitale. Il le scelle de sa vie et y consacre toute sa vie. Sa vocation le précède, sa mission l’attire comme un aimant. Son parcours l’étonne, son ministère lui est indiqué. L’Église place sur sa route des personnes à aimer et à accueillir à la manière de Jésus lui-même, sans jamais se servir de celles et de ceux qu’il a vocation de servir : en lui, tout est don ; de rien il n’est propriétaire : « Vous avez reçu gratuitement, donnez aussi gratuitement » (Mt. 10,8).

Oui, le sacerdoce est un don, ineffable don, incomparable don ; il est le plus grand de tous les dons, tout simplement, le don de tous les dons. Il est don, source et cause d’immenses dons. Le prêtre, en effet, donne à l’homme ce que personne au monde ne saurait donner, ne pourrait donner… Il donne le Christ, la vie du Christ qu’il proclame dans la parole de vie, qu’il engendre dans le baptême, la nourriture du Christ qu’il prépare et sert dans l’eucharistie (parole et pain de vie), l’Esprit du Christ qu’il insuffle dans la confirmation, le pardon du Christ qu’il distille à l’aveu de nos fautes et à la réconciliation, la force du Christ qu’il diffuse au malade, une nouvelle alliance qu’il scelle dans le Christ à travers le lien des époux…

En tant que baptisé, le Prêtre est coresponsable avec tous les fidèles qui lui sont donnés. L’image directrice est celle de l’Apocalypse qui présente l’Agneau au milieu de son peuple. Pour participer à la mission du Pasteur, on doit participer à celle de l’Agneau, sinon on risque fort de ne pas rechercher l’intérêt des brebis. Tout cela demande aux prêtres de reconnaître sous le regard du Christ comment vivre la radicalité de l’Évangile et comment acquérir la discipline personnelle pour faire face aux sollicitations multiples[3] du monde ambiant.

Au reste, la vie du prêtre a une dimension essentiellement responsoriale : il doit savoir répondre de sa vocation en tout temps et en tout lieu. Comme le Christ compte sur lui, le Prêtre doit savoir aussi rendre compte de tout ce qu’il et de tout ce qu’il a et fait. Sa vocation est unique : donner et donner le Christ, sans compter, gratuitement, gracieusement, fidèlement, joyeusement. L’amour est le seul bien que le Prêtre a le droit de dilapider, l’unique trésor qu’il ne doit pas épargner. Paul VI aimait à rappeler : « en Dieu tout est joie, car en lui, tout est don » : la joie même de Dieu, la joie de Dieu même. Et l’amour du Christ fait la joie du prêtre, joie incommensurable, parce que joie sacerdotale. Ce bonheur n’a de sens qu’à être partagé. On n’est jamais prêtre pour soi, on est prêtre parce que donné… SOYONS PRÊTRES ET DEVENONS-LE CHAQUE JOUR !

HEUREUX JUBILÉ SACERDOTAL À TOUS LES PRÊTRES : AMOUR, FOIE, ESPÉRANCE, JOIE, BÉNÉDICTION, CHARITÉ INVENTIVE ET CRÉATRICE, HARMONIE, CONSTANCE, PERSÉVÉRANCE, AUTHENTICITÉ, VÉRITÉ ET EMPATHIE À L’INSTAR DE JÉSUS, LE BON PASTEUR QUI DONNE SA VIE POUR SES BREBIS (Jn. 10,11) !

Bien fraternellement,

Abbé Placide Ponzo B. Kabamba


[1] Jean-Paul II, extrait de Ma vocation, don et mystère : À l’occasion du 50ème anniversaire de mon ordination sacerdotale, Les Plans-sur-Bex, Parole et Silence, 2013, p. 15-16.

[2] Eugen Drewermann, Fonctionnaires de Dieu, Paris, Albin Michel, 1993.

[3] Jean-Marie Lustiger, Les prêtres que Dieu donne, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, p. 169-170.

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